Hommage à Robert Sagot (1910-2006).

Hein? C'est quoi ce forum? Mais y délire ou quoi? Et non rassurez-vous les amis. Comme un des rôles principaux des Forums Astro-Québec est de créer des liens, rien de mieux qu'un métier à tisser. Ici, vous pouvez parler de tout et de rien, le délire complet est accepté. C'est la zone des hors-sujets avec de la classe, bien sûr.
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roger15
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Hommage à Robert Sagot (1910-2006).

Message par roger15 » 23 nov. 2010 06:00

Bonjour à vous toutes :) , et bonjour à vous tous :) , Chers amis Internautes du forum Astro-Québec, que vous soyez de brillants “astronomes amateurs” ou de simples “amateurs d'astronomie” comme moi... ;-)

Nous avons tous eu la chance de rencontrer quelqu'un, soit par des lectures de revues ou de livres, soit par Internet, ou alors “en vrai”, qui nous a durablement marqué au point d'avoir conforté notre détermination d'être à jamais fidèle à cette magnifique science qu'est l'astronomie. Et je crois que ce que nous écrivons, aujourd'hui, sur ce forum est largement inspiré par ce que nous a appris ce Maître.

En ce qui me concerne, mon “Maître” fut Robert Sagot (1er février 1910 - 5 mai 2006), bibliothécaire au siège de la Société Astronomique de France à Paris. Robert Sagot s'est inscrit à la Société Astronomique de France en août 1930 (il avait tout juste vingt ans) et y est resté membre jusqu'à son décès le 5 mai 2006, à l'âge respectable de 96 ans, il en fut donc membre pendant soixante-seize ans !!!...


Robert Sagot :

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Dans ma jeunesse mes ouvrages de base pour être un peu moins ignorant en matière astronomique furent ceux du chanoine Théophile Moreux (“Pour comprendre l'astronomie” et “Pour observer le ciel”, ainsi que les nombreux “Que Sais-je ?” de Paul Couderc, et les ouvrages de Pierre Rousseau (notamment son extraordinaire livree publié en 1939 intitulé “Exploration du ciel”).

Mais tout cela restait livresque et même la lecture de “l'Astronomie” (le bulletin mensuel de la Société Astronomique de France - SAF) restait très austère. Seuls les articles de Jean Meeus retenaient mon attention.

Aussi, mon grand plaisir fut de pouvoir (vu qu'Internet n'existait pas encore) parler "en vrai" avec quelqu'un de la SAF. J'ai donc écrit à son bibliothécaire, Robert Sagot, pour convenir d'un rendez-vous et suis allé le trouver un après-midi au siège de la SAF 3 rue Beethoven (Paris 16ème), un endroit très difficile d'accès par les transports en commun. Ce devait être, pour la première fois, au printemps 1968. Depuis lors je l'ai revu deux à trois fois par an jusqu'en 1974, où, à cause de mes obligations professionnelles, je me suis éloigné de l'astronomie, n'étant relié à elle que par la lecture de “l'Astronomie”.

Donc, pendant environ six ans, j'ai eu la grande chance de pouvoir dialoguer directement avec sans doute le meilleur spécialiste des ouvrages astronomiques français, vu ses fonctions de bibliothécaire de la SAF, et de l'actualité astronomique car il me montrait souvent le dernier numéro de Sky & Telescope”[/b]. Et il savait tout, ce cher Robert : il avait détecté que j'adorais tout ce qui était anecdotique dans l'astronomie, et il se régalait à écouter mes questions farfelues devant lesquelles il ne restait jamais coi…

Il semblait intéressé par plusieurs détails me concernant :
* que j'avais réussi à me procurer chez un bouquiniste un tas de vieux annuaires astronomiques et météorologiques Camille Flammarion, des années trente, quarante et cinquante (« c'est une très bonne lecture » m'avait-il dit) ;
* que j'avais réussi à acquérir le bulletin relié de la SAF pour 1910 ;
* que j'avais perdu mon papa très jeune ;
* que je travaillais aux PTT (Postes, Télégraphes et Téléphones) ;
* que dans les ouvrages astronomiques je m'intéressais surtout par les chapitres intitulés alors “éclipses, occultations, passages”. Su ces trois derniers points il était vraiment incollable !…

A partir de 1975 je ne l'ai plus jamais revu. Et puis il y a un peu plus de quatre ans j'ai été très peiné d'apprendre par le numéro de “l'Astronomie” de juillet- août 2006 son décès, survenu le 5 mai 2006.

Ce n'est qu'à la lecture de cet article dans ce bulletin de l'été 2006 que j'ai enfin compris pourquoi il aimait bien discuter avec moi :

* il était né en 1910, je lui avais dit que j'étais très attaché à cette année qui était celle de la naissance de ma mère ;
* il avait été orphelin de père très jeune, son papa ayant été tué lors de la “Grande guerre” (1914-1918) ;
* il était retraité des PTT.

Et il ne m'avait jamais révélé cela lors de nos discussions. Il était intarissable sur tous les sujets astronomiques, mais ne disait jamais rien sur lui-même.

Il n'y a qu'un an que j'ai pris vraiment conscience de la très grande chance que j'ai eu de le trouver au début de mon parcours astronomique.

Aujourd'hui je suis très heureux de lui dire publiquement (car je suis sûr que où il est aujourd'hui il pourra lire mon message) : merci pour tout cher Robert Sagot !…

Roger Lesourd. :roll:


PS : en lisant l'article consacré à Robert Sagot, j'ai appris un détail assez incroyable : il avait réussi à obtenir de la part de l'administration française des PTT un congé sans solde tout à fait exceptionnel pour... aller observer une éclipse totale de Soleil au Caucase, en Union Soviétique, le 19 juin 1936 !!!... Cette éclipse totale avait une durée de la totalité de 2 minutes et 36 secondes et une grandeur de 1,032994 (le disque du Soleil étant égal à 1). A l'époque aucun astronome amateur ne s'aventurait hors des frontières de son pays pour aller observer ce spectacle grandiose, c'était réservé aux seuls astronomes professionnels... ;-) Voir sur le site de l'astronome amateur français Xavier Jubier "Cinq millénaires d'éclipses solaires : -1999 à 3000" http://xjubier.free.fr/site_pages/solar ... Canon.html la carte du tracé de cette éclipse totale du 19 juin 1936 : http://xjubier.free.fr/site_pages/solar ... mt=1&Mag=0.


« [i][color=#BF40BF]L'homme n'a point de port, le temps n'a point de rive ; Il coule, et nous passons ![/color][/i] » (Alphonse de Lamartine ; " Le lac" - 1820)
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